Veolia discute de stratégies pour transformer le biogaz en projets énergétiques

Veolia, société de gestion des déchets et de l’eau, s’équipera prochainement de la plus grande unité de production de biométhane en France à partir du biogaz issu d’une installation de stockage de déchets banals.

Gwenaël Le Fournis, expert technique de la décharge chez Veolia, revient sur ce projet récemment commandé en partenariat avec le développeur technologique Waga et explique comment il aidera la France à atteindre des objectifs énergétiques nationaux qui approchent.

Au-delà de ce nouveau projet Claye-Souilly, Le Fournis évoque d’autres investissements de Veolia ; trouver les bons partenaires d’enlèvement ; et la sélection de technologies pour atteindre des taux et une qualité d’extraction de biogaz élevés.

Waste360 : Où opère Veolia, et pouvez-vous décrire votre travail dans certaines de ces régions ?

Le Fournis : Nous intervenons en France, en Europe et ailleurs à l’international. Par exemple, au Portugal, nous participons à un projet visant à transformer le dioxyde de carbone (CO2) issu des déchets municipaux en carburants d’aviation durables.

Au Royaume-Uni, Veolia a développé des solutions pour ses clients municipaux qui produisent et utilisent des combustibles solides de récupération sur 26 sites.

Et en Indonésie, nous nous associons à Danone pour aider à prévenir la pollution des plastiques des océans grâce à un usine de recyclage pour traiter les bouteilles en PET de qualité alimentaire.

Waste360 : Parlez-nous du dernier projet en France. Quel sera le rôle de Veolia dans son exploitation et quelle est votre présence en France au-delà de ce projet ?

Le Fournis : Le projet de Claye-Souilly est l’un des quatre développés grâce à un partenariat entre Veolia et Waga Energy. Elle produira annuellement 120 gigawatts (GWh) de gaz renouvelable qui seront injectés directement dans le réseau exploité par GRDF. réseau pour fournir de l’énergie aux foyers et aux entreprises, et pour décarboner le secteur des transports.

Veolia est en charge de l’acheminement du biogaz en qualité et en quantité requises pour l’injection dans le réseau du biométhane traité. Nous extrayons le biogaz généré par la dégradation des matières organiques rejetées dans cette installation et nous le valorisons dès qu’il est capté.

Veolia produit déjà 1,6 térawattheures (TWh) de biogaz en France, soit 10 % de l’objectif français de production de biogaz fixé dans le Plan pluriannuel de l’énergie 2023 (pilotage de la transition énergétique en France). Plus généralement, Veolia construit et exploite des usines de biométhane partout dans le monde. Récemment, par exemple, nous avons signé un accord avec TotalEnergies pour produire du biométhane à partir des installations de traitement des déchets et de l’eau de Veolia opérant dans plus de 15 pays.

Waste360 : Parlez-nous du pôle d’écologie industrielle, Claye-Souilly, qui abritera ce nouveau projet français de biogaz.

Le Fournis : Le pôle écologique de Claye-Souilly s’étend sur 289 hectares et reçoit et valorise chaque année plus de 1,5 million de tonnes de déchets industriels banals. Le hub emploie 115 personnes et produit plus de 238 GWh d’énergie grâce à la production de biogaz et de biométhane.

Ce qui nous a attirés, c’est le bon emplacement et le bon timing. Claye-Souilly produit de l’électricité verte à partir de son biogaz depuis la fin des années 1980, grâce à plusieurs substitutions de technologies plus performantes ; cependant jamais [to work with] biométhane car les technologies, la réglementation et les marchés n’étaient pas au rendez-vous lors des précédents renouvellements de centrales.

Waste360 : Pourquoi Veolia continue d’investir dans ces projets ? Qu’est-ce qui a été essentiel pour les faire fonctionner ?

Le Fournis : De nombreux pays sont désireux de produire leur propre gaz vert. On voit que ce type de projet est très largement implémentable.

Lorsque la valeur de gestion des déchets est trop faible, il faut trouver les bons partenaires pour prélever du biométhane à la bonne valeur. C’est pourquoi, par exemple et au-delà de l’aspect purement technologique, nous avons également établi un partenariat avec TotalEnergies pour produire du biométhane à partir des installations de traitement des déchets et de l’eau de Veolia opérant dans le monde entier. Nous apporterons une expertise dans la production et le traitement du biogaz, et TotalEnergies apportera sa connaissance de l’ensemble de la chaîne de valeur du biométhane.

Ensemble, nous co-investirons dans un portefeuille de projets internationaux, avec l’ambition de produire jusqu’à 1,5 TWh de biométhane à partir de déchets organiques par an d’ici 2025.

Waste360 : Quelle expertise est nécessaire pour faire fonctionner une grande usine de valorisation énergétique du biogaz ?

Le Fournis : Le processus doit être soigneusement sélectionné en fonction de la qualité du biogaz et des exigences en matière de biométhane. Ensuite, toutes les conditions doivent être maintenues pour maintenir les performances de la centrale.

Avec Claye-Souilly, nous avons sélectionné un procédé spécifique acceptant une large gamme de qualité de biogaz et pouvant garantir la qualité du biométhane. Ce choix permettra à Veolia de maintenir un haut niveau de taux d’extraction du biogaz.

En plus d’autres processus courants, celui-ci a une élimination sophistiquée de l’azote, par distillation cryogénique, qui nécessite des compétences appropriées.

Waste360 : Qu’est-ce qui est le plus avantageux à investir dans plusieurs projets de biogaz, et comment vous basez-vous sur votre travail ?

Le Fournis : Disposer d’un moyen de favoriser le changement climatique plus rapidement a été particulièrement avantageux. Avoir compris et établi les façons dont un modèle d’affaires peut être durable dans certaines conditions contribue à le rendre duplicable. La taille de Veolia permet d’envisager une duplication locale de ses projets.

Waste360 : Quels sont les futurs projets de Veolia concernant les projets de méthanisation ?

Le Fournis : Plusieurs projets sont à l’étude dans le monde. Nous serons heureux de les annoncer dès que leur viabilité sera confirmée.

Waste360 : La plupart de vos projets de biogaz visent-ils à produire de l’électricité, ou produisez-vous beaucoup de carburant de transport ?

Le Fournis : Nous produisons actuellement de l’électricité. Mais nous produisons aussi de la chaleur (ex : réseau de chaleur de 6MW du Plessis Gassot dans le département du Val-d’Oise et la région Île-de-France de France); ou vente de gaz à des fins industrielles (production de briques…) ; biométhane injectable à Hong Kong. Pour le carburant de transport, nous n’avons développé qu’une petite unité à Claye-Souilly, toujours en activité.

Waste360 : Qu’est-ce que le Plan pluriannuel de l’énergie ?

Le Fournis : C’est un document stratégique pour piloter la transition énergétique en France. Institué par la loi de transition énergétique (TECV), il fixe une trajectoire du mix énergétique, ainsi que « les priorités d’action pour la maîtrise de toutes les énergies sur le territoire métropolitain continental, afin d’atteindre les objectifs nationaux fixés par la loi. »

Ce plan est construit et revu périodiquement par le gouvernement français, à la fois pour se conformer à la réglementation européenne, et à ses propres objectifs nationaux.

Déchet360 : Quelle est l’orientation politique en France en ce qui concerne l’atténuation du méthane ?

Les directives européennes, la réglementation française ont contribué à atténuer les émissions de méthane des décharges au fil des années grâce à deux leviers principaux :

  • politique progressiste de diversité des déchets organiques issus des flux de déchets solides municipaux,
  • l’octroi d’incitations à long terme pour la valorisation énergétique du biogaz (électricité ou biométhane), incitant les exploitants de décharges à maximiser la capture de méthane de leurs installations.