STEPHEN MacMACKIN : Des questions que nous ne posons pas sur la transition énergétique propre du Canada atlantique

STEPHEN MacMACKIN • Avis d’invité

Atteindre zéro émission nette d’ici 2050 est un objectif ambitieux mais important, soutenu par les entreprises et les résidents de partout au Canada.

Cependant, au Canada atlantique, le chemin pour y arriver doit être plus réaliste, équitable et abordable qu’il n’y paraît aujourd’hui.

En juin, l’Atlantica Centre for Energy a publié le premier document de travail de sa série de discussions sur l’avenir de l’électricité au Canada atlantique, qui démontre les changements dans l’approvisionnement en électricité dans la région jusqu’en 2050. Le document de travail aide à visualiser les données accessibles au public par l’intermédiaire de la Régie de l’énergie du Canada et illustre les répercussions de la réglementation fédérale sur l’approvisionnement futur en électricité au Canada atlantique.

Grâce à ce processus, le centre a identifié plusieurs signes avant-coureurs indiquant que la meilleure voie vers le net zéro pourrait ne pas être facile pour les Canadiens de l’Atlantique. En tant qu’organisation qui s’engage de manière proactive dans les questions énergétiques, le centre estime qu’il est important de poser des questions difficiles sur notre transition vers une énergie propre avant d’investir davantage.

Quel est le plan?

La réglementation fédérale change la façon dont les services publics peuvent produire de l’électricité et la façon dont les Canadiens la consommeront. Pour les services publics des Maritimes, ce changement de réglementation signifie l’arrêt de la production d’électricité au charbon d’ici 2030 et (probablement) toute l’électricité produite à partir de combustibles fossiles d’ici 2035. En l’absence d’alternative énergétique de base non émettrice actuellement disponible, ce sera une tâche très difficile.

Parallèlement, la demande d’électricité augmentera probablement dans toute la région, en particulier en Nouvelle-Écosse et à l’Île-du-Prince-Édouard, car davantage de résidents doivent s’éloigner du mazout pour chauffer leur maison, et beaucoup plus de véhicules auront besoin d’électricité.

Remplacer neuf centrales au charbon dans la région tout en répondant à une demande croissante nécessitera des infrastructures, de l’argent et du temps importants. Il n’est pas possible de simplement fermer les centrales électriques génératrices de charge de base et de les remplacer par de l’énergie éolienne et solaire avec la technologie de stockage d’énergie actuellement disponible (c’est-à-dire des batteries).

Pourtant, à moins de huit ans de la première échéance de 2030, il n’y a pratiquement pas eu de discussion publique sur une stratégie à long terme qui offre aux Canadiens de l’Atlantique le moyen le plus propre et le plus rentable d’atteindre des émissions nettes nulles tout en maintenant un environnement abordable et alimentation électrique sécurisée.

Pourquoi les provinces les plus pauvres paient-elles les plus grosses factures?

La réalité est qu’Atlantica Canada montre déjà la voie en matière de réduction des émissions. La Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick ont ​​déjà réduit leurs émissions totales de 36 et 37 % sous les niveaux de 2005, respectivement. La moyenne nationale n’est que de neuf pour cent. Pourtant, les deux provinces doivent subir les mêmes fardeaux réglementaires que les provinces qui n’ont pas encore réalisé de réduction significative des émissions à ce jour, et à un coût extrême.

Du coût total pour l’ensemble du pays pour sortir du charbon, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick paieront 80 % (1,221 milliard de dollars et 561 millions de dollars, respectivement). S’il existait une option alternative, plus propre et abordable pour répondre aux besoins d’alimentation de base hivernaux variables et sévères, on peut supposer que les services publics l’auraient déjà fait.

La plupart des autres régions du Canada disposent de vastes pipelines de gaz naturel pour fournir des solutions de rechange relativement propres et abordables pour le chauffage des maisons et l’alimentation de l’industrie ; ce n’est pas le cas dans une grande partie du Canada atlantique. Mais, même s’il est possible de faire passer les centrales au charbon à la production d’électricité au gaz naturel, cela ne sera peut-être plus autorisé après 2034 une fois que la norme fédérale sur l’électricité propre sera en place.

Quelles sont les alternatives raisonnables disponibles ?

Le Canada atlantique devrait-il voir des coûts de transition de l’électricité plus élevés parce qu’il n’y a pas un réseau de gaz naturel étendu? Les provinces maritimes devraient-elles être tenues d’atteindre les mêmes objectifs d’électricité propre sans accès à l’hydroélectricité pour une production de charge de base fiable dont bénéficient le Québec, la Colombie-Britannique, le Manitoba et Terre-Neuve-et-Labrador? La réalité est que l’électricité éolienne peut aider à fournir une production d’électricité abordable pour les Maritimes, mais elle ne peut pas fournir une capacité suffisamment fiable dont les services publics ont besoin pour la planification, en particulier pendant les pics de demande pendant les mois froids d’hiver.

Actuellement, il n’existe pas de solutions simples pour remplacer cette puissance de base. Il n’est pas logique que les services publics investissent dans des infrastructures de gaz naturel pour produire de l’électricité perdue à partir du charbon, si cela ne peut être qu’une solution à court terme. Est-il raisonnable de précipiter l’élimination progressive de l’électricité produite au charbon ou d’autres combustibles fossiles alors que de meilleures solutions pourraient être à portée de main ? Par exemple, les petits réacteurs modulaires avancés pourraient être prêts au Nouveau-Brunswick peu après 2030, l’énergie marémotrice pourrait être à l’horizon et l’industrie fait de grands progrès en matière d’innovation autour de l’hydrogène.

Quelle est la voie à suivre la plus rentable ?

S’il n’y avait pas d’objectifs précis pour l’élimination progressive du charbon ou la mise en œuvre de la norme d’électricité propre, par exemple, à quoi ressemblerait notre chemin vers le zéro net ? Serait-ce une voie qui s’appuie sur l’innovation commerciale soutenue par des politiques publiques agiles pour trouver les solutions les plus rentables et les plus efficaces ?

Les Canadiens de l’Atlantique méritent des réponses à ces questions et à d’autres. Il est temps que les gouvernements fédéral et provinciaux lancent une stratégie de coopération fondée sur un cadre politique équitable, plus réaliste et réalisable pour les provinces de l’Atlantique.

Stephen MacMackin est président de l’Atlantica Centre for Energy. Le centre sert de pont entre les organisations opérant dans le secteur de l’énergie et la communauté pour aider à réaliser les opportunités associées aux ressources énergétiques du Canada atlantique. Pour plus d’informations, visitez www.atlanticaenergy.org.