Les législateurs européens empêchent les biocarburants controversés de ravitailler les avions

Lors d’un vote serré, le Parlement européen a ouvert la voie à l’adoption de carburants verts dans les avions.

Le Parlement européen a exclu l’utilisation de matières premières controversées pour les biocarburants, y compris les cultures intermédiaires et les sous-produits de l’huile de palme (PFAD), du mandat européen sur les carburants verts pour l’aviation (ReFuelEU).

Le groupe écologiste Transport & Environnement (T&E) appelle les trois principales institutions européennes — le Parlement, le Conseil et la Commission — à maintenir la dynamique en excluant la dernière matière première problématique restante — les graisses animales (de la troisième catégorie) — dans leur prochaine négociations en septembre.

Matteo Mirolo, responsable de la politique aéronautique, déclare : « Si nous voulons vraiment lutter contre le changement climatique et décarboniser l’aviation, l’Europe doit faire davantage de choix comme celui auquel nous avons assisté aujourd’hui. Les carburants d’aviation durables ne devraient avoir aucun lien avec la déforestation, la perte de biodiversité et l’augmentation des prix des denrées alimentaires. Aujourd’hui, les législateurs de l’UE ont fait un bon bout de chemin vers une définition des SAF positive pour notre planète et la crédibilité de l’avenir vert de l’aviation.

Sur la table était une proposition qui aurait élargi la définition des carburants durables, pour inclure les sous-produits de l’huile de palme, les PFAD et les cultures intermédiaires¹. Dans un geste sans précédent, les compagnies aériennes et les groupes verts, avec le soutien d’easyJet, ont écrit aux députés avant le vote pour attirer l’attention sur les problèmes liés aux sous-produits de l’huile de palme et aux biocarburants dans l’aviation. L’exclusion de ces matières premières de la définition était une étape importante pour éviter des conséquences dévastatrices pour le climat.

Les graisses animales (de la troisième catégorie) restent toutefois incluses dans la définition de ce qui constitue un carburant vert en Europe. Les graisses animales sont des sous-produits du processus d’abattage des animaux. Ils sont utilisés dans des industries concurrentes, créant des pénuries dans les secteurs qui les utilisent déjà. L’huile de palme est très souvent le substitut choisi pour les graisses animales, ce qui entraîne des impacts négatifs sur le changement global d’utilisation des terres et les émissions, ainsi que sur la biodiversité.

Plus important encore, le Parlement européen a montré sa préférence pour les carburants synthétiques par rapport aux biocarburants. Ce sont les seuls carburants qui peuvent être mis à l’échelle de manière durable pour réduire l’impact climatique de l’aviation, déclare T&E. Les législateurs ont triplé les volumes de carburant synthétique proposés par la Commission pour 2030 et ont décidé qu’en 2050, la moitié de l’utilisation totale de carburéacteur en Europe sera synthétique. Le principal carburant synthétique disponible actuellement est le e-kérosène, généré en combinant de l’hydrogène vert (H2) et du dioxyde de carbone (CO₂). Un mandat ambitieux pour l’e-kérosène stimulera les investissements dans ce carburant, sur un marché où l’Europe est déjà leader.

Le Parlement a également élargi la définition des carburants synthétiques pour l’aviation à l’électricité renouvelable et à l’hydrogène vert. Cette décision capitale montre que l’UE veut encourager et accélérer le développement d’avions à zéro émission.

Au milieu des discussions sur les types de carburant, l’atténuation des effets non-CO₂ de l’aviation a fait partie du texte final. Les émissions autres que le CO₂ représentent les deux tiers de l’impact climatique de l’aviation, mais les efforts pour les légiférer dans le passé ont été infructueux. Aujourd’hui, le Parlement a ouvert la voie pour enfin réglementer la qualité du carburant afin de garantir qu’il ait des concentrations en aromatiques et une teneur en soufre plus faibles. Ce sera une étape importante pour réduire les impacts climatiques non liés au CO2 dans l’aviation, mais aussi pour améliorer la qualité de l’air autour des aéroports, selon T&E.

Mirolo a conclu : « Le Parlement européen a doublé la mise sur les carburants synthétiques pour l’aviation et n’a laissé aucune place au détournement vers des biocarburants nocifs issus des sous-produits et des cultures de l’huile de palme. Décarboner le secteur de l’aviation n’est pas une tâche facile, mais les compagnies aériennes, les écologistes et les politiques se sont rangés du côté des besoins de la planète. Clôturons maintenant cet accord en excluant tous les biocarburants non durables restants.

¹ Les cultures intermédiaires sont des cultures plantées avant ou après la culture principale, en saison intermédiaire.

Publié à l’origine sur Transport & Environnement.


 

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