Comment l’économie bleue façonnera l’avenir des océans du Canada et de ses communautés côtières

par Andrés M. Cisneros-Montemayor, Leah M. Fusco et Marleen Simone Schutter, The Conversation

Vue aérienne de salmonicultures, île Grand Manan, N.-B. Crédit : Shutterstock

Les mots « économie bleue » façonneront bientôt l’avenir des océans du Canada, des fjords et détroits de la Colombie-Britannique aux côtes accidentées de l’Atlantique et aux vastes paysages marins de l’Arctique. La transformation des économies océaniques du Canada se fera sentir dans tout le pays et servira d’exemple aux nations du monde entier.

Mais qu’est-ce qu’une économie bleue ? Et qu’est-ce qui le différencie du business as usual ?

Le terme économie bleue a d’abord été défendu par les petits pays insulaires en développement, dont les Fidji, les Bahamas et les Palaos, pour tirer davantage de bénéfices locaux des industries océaniques. Développer une économie bleue signifie mettre en place des espaces océaniques et des industries socialement équitables, écologiquement durables et économiquement rentables.

Le Canada a été un acteur clé dans ces efforts, notamment en soutenant la première conférence mondiale sur une économie bleue, tenue à Nairobi en 2018 avec plus de 18 000 participants. Maintenant, le Canada amène l’économie bleue dans ses propres eaux.

En tant que chercheurs à l’intersection des ressources océaniques, de la justice et des politiques, nous croyons qu’une économie bleue canadienne peut avoir d’énormes avantages pour tous, si elle est bien menée. Les enjeux sont des points chauds comme l’expansion pétrolière et gazière, l’aquaculture et la protection des espèces en péril. Plus profondément, le Canada devra décider quelles personnes et quels endroits bénéficieront des nouveaux investissements dans les océans et qui seront touchés.

Anciennes et nouvelles économies bleues

Pour des industries comme la pêche, l’aquaculture, le tourisme ou le transport maritime, la réalisation d’économies bleues signifiera de profondes transformations pour lutter contre les pratiques non durables, telles que la pollution ou la surpêche. De nouvelles technologies, telles que des navires automatisés et hauturiers, ainsi que des recherches écologiques et sociales seront également nécessaires, en particulier pour les secteurs émergents comme l’énergie des vagues et des marées ou le carbone bleu – la gestion des herbiers marins, des mangroves, des marais et des écosystèmes de varech pour le carbone décalage.

Mais ce qui distingue une économie bleue du statu quo, c’est l’accent qu’elle met sur l’équité sociale et la justice environnementale. Ces principes directeurs visent à reconnaître et à inclure tous les individus, à donner la priorité au partage équitable des avantages et des charges et à protéger les personnes vulnérables des impacts environnementaux et économiques, naturels ou d’origine humaine.

Bien que les gouvernements et l’industrie investissent dans les nouvelles technologies et la recherche pour suivre l’habitat et le climat, et visent la durabilité environnementale, ce ne sont plus des engagements révolutionnaires. Le développement passé des océans a montré que garantir des avantages aux communautés de première ligne et aux populations marginalisées, et éviter de nuire à ces personnes, ne se fera pas tout seul.

Il existe de bons exemples au Canada de la façon dont cela peut bien fonctionner, y compris les Initiatives de pêche commerciale intégrée du gouvernement fédéral. Dans les régions du Nord, de l’Atlantique et du Pacifique, ces programmes subventionnent et soutiennent la capacité commerciale et la technologie des entreprises autochtones à investir dans les pêches et l’aquaculture. Tout en travaillant dans le respect des directives environnementales, ces entreprises peuvent décider comment gérer leurs activités d’une manière qui correspond à leurs objectifs culturels et commerciaux.

Comment l'économie bleue façonnera l'avenir des océans du Canada — et de ses collectivités côtières

Le projet Bay du Nord consiste en plusieurs découvertes pétrolières dans le bassin de la passe flamande. La major pétrolière norvégienne Equinor a fait la première découverte en 2013, suivie de plusieurs autres dans les années suivantes. Le projet permettra de forer du pétrole dans les eaux profondes de la mer, à environ 500 kilomètres de St. John’s, T.-N.-L. Crédit : Equinor

Mais nos recherches montrent que les nations du monde entier n’ont pas la capacité de permettre des industries océaniques équitables et ont encore du mal à lutter contre la corruption, les droits de l’homme et les infrastructures de base pour élaborer leurs plans de développement des océans. L’adoption d’une approche d’économie bleue changerait cela en se concentrant d’abord sur ces conditions de gouvernance de base.

Pour que le Canada parvienne à une économie bleue, il devrait élaborer des stratégies stratégiques qui traitent de questions complexes, notamment la pêche autochtone, la conservation des océans, l’utilisation durable, les changements climatiques et la production pétrolière et gazière extracôtière. En raison de leur connectivité et de leur rôle dans les relations humaines, les océans sont une arène importante où ces engagements se jouent.

Pétrole offshore « durable » ?

L’exemple du pétrole et du gaz extracôtiers est un aspect particulier mais important de la future économie bleue du Canada. Dans la logique la plus simple, la production de pétrole et de gaz offshore – ressources non renouvelables – ne peut pas faire partie d’une approche d’économie bleue définie par l’équité et la durabilité. Cela est clair compte tenu de la concentration historiquement inégale des bénéfices économiques de l’industrie pétrolière et de sa pollution chronique, et parfois catastrophique, des écosystèmes locaux.

L’inclusion du pétrole est particulièrement problématique compte tenu de sa contribution au changement climatique. Les gouvernements peuvent proposer des arguments et une nouvelle comptabilité pour détourner la responsabilité des émissions en aval liées à leur production de pétrole et de gaz, mais le climat mondial, les océans et les populations seront néanmoins impactés.

L’approbation récente du projet pétrolier offshore Bay du Nord à Terre-Neuve-et-Labrador illustre le conflit entre les récits et les actions de l’économie bleue. Le projet est soutenu et justifié en partie en raison de la baisse des émissions par baril produit par rapport à la production de pétrole ailleurs. Pourtant, il ignore les émissions que la consommation du pétrole lui-même générera.

Comme nous le soutenons dans un récent article évalué par des pairs, la production de pétrole et de gaz offshore ne pourrait être incluse dans une économie bleue que selon les directives les plus strictes : aucune nouvelle expansion de l’industrie pétrolière ne pourrait avoir lieu ; les subventions au secteur pétrolier devraient être redirigées vers les industries locales durables ; et le plan d’économie bleue devrait détailler des stratégies claires, des calendriers et des engagements de financement pour des transitions justes loin du pétrole et du gaz.

Une économie bleue canadienne

Selon le dernier rapport du gouvernement fédéral S’engager dans la stratégie canadienne pour l’économie bleue : ce que nous avons entendu, Les Canadiens veulent une nouvelle approche de la gestion et du développement des océans, une approche qui reconnaisse et appuie les relations et les industries traditionnelles et profite aux communautés côtières, même en s’engageant dans de nouvelles technologies et de nouveaux secteurs. Les réglementations et les politiques et directives co-créées seront essentielles pour atteindre ces objectifs de manière nouvelle et pas seulement comme si de rien n’était.

Alors que le Canada et les pays du monde entier s’efforcent d’établir des économies bleues équitables, durables et viables, trouver des ressources océaniques sera la partie la plus facile. Le défi consistera à s’assurer que ces ressources profitent aux communautés côtières de première ligne maintenant et à l’avenir.

Écouter les diverses perspectives des Canadiens est un bon début qui doit maintenant être suivi d’un soutien significatif et continu pour des politiques océaniques véritablement transformatrices et équitables.


L’économie bleue est plus que des ressources : elle doit se concentrer sur l’équité sociale et la gouvernance


Fourni par La Conversation

Cet article est republié de The Conversation sous une licence Creative Commons. Lire l’article d’origine.La conversation

Citation: Comment l’économie bleue façonnera l’avenir des océans du Canada et de ses communautés côtières (2022, 1er août) récupéré le 1er août 2022 sur https://phys.org/news/2022-08-blue-economy-future-canada- oceansand.html

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